La Bundesliga a repris hier après la pause hivernale. Le TSG Hoffenheim, pour l’heure le seul club européen invaincu en championnat cette saison, rencontre le FC Augsburg. Je ne dirai presque rien du club aujourd’hui, préférant me consacrer à un petit résumé de l’importance d’Augsburg dans l’histoire de la Réforme - une histoire que tout le monde connaît, mais qui est tellement événementielle qu’un petit récapitulatif de temps à autres ne fait pas de mal.

De la colonie à la ville d’Empire

Située au Sud-Ouest de la Bavière, Augsburg est une ancienne colonie romaine; le “Augs” est en réalité Augustus. La ville est dans une situation idéale pour les échanges entre l’Italie et les territoires germains. Au XIIIe siècle, Augsburg reçoit le statut de Ville libre d’Empire, et devient l’un des noeuds essentiels du commerce et de la finance du Saint-Empire. La famille Fugger, grands banquiers de la Renaissance et dont le patriarche le plus connu, Jacob Fugger, fut considéré un temps comme l’homme le plus riche d’Europe, vient d’Augsburg.

Quittons un instant la Bavière, nous allons y revenir sous peu. En 1517, Albert de Brandeburg, jeune archevêque de Mayence, pour diverses raisons mais notamment pour rembourser une dette auprès de Jacob Fugger, fait procéder à la vente d’indulgences - la promesse d’une salvation dans l’au-delà pour soi ou ses proches en échange de dons financiers à l’Église. L’un des agents de cette vente, le dominican Johann Tetzel, envoyé à Magdeburg, non loin de Wittemberg, scandalisera un certain Martin Luther. S’il est historiquement discutable d’expliquer toute la Réforme uniquement par la vente d’indulgence, il s’agit sans doute d’une des étincelles qui déclenchent la publication, en 1517 toujours, des fameuses 95 thèses qui vont marquer le début du protestantisme.

Devant le scandale provoqué par les thèses de Luther, le représentant du Pape auprès du Saint-Empire, Thomas de Vio, dit Cajetan, fait convoquer Luther à Augsburg pour obtenir sa rétractation. Peine perdue. Charles Quint tentera également sans succès, trois ans plus tard, à Worms.

La diète de 1530

Augsburg fait partie, comme Worms, Nürnberg, Regensburg (Ratisbonne en français) et d’autres, de ces villes où sont réunis les différentes puissances de l’Empire (essentiellement les princes électeurs et les ducs); la Diète (ou, auf Deutsch, Reichstag) forme une espèce de conseil qu’on réunit en fonction des impératifs du moment et dont le fonctionnement est tellement complexe que je n’essaierai même pas de l’expliquer ici.

En 1529, à Speyer (en français), Spire, une première diète s’était réunie. Charles Quint est alors en Espagne et délègue la gestion de l’Empire à son frère, Ferdinand. Celui-ci cherche à obtenir une nouvelle condamnation des idées de Luther et une limitation des libertés religieuses. Les princes et les villes ralliées à la réforme refusent d’appliquer les décrets impériaux - et “protestent” contre la volonté impériale, d’où nous tirons le mot de Protestants.

En 1530, donc, Charles Quint fait réunir une nouvelle diète. Depuis 1518, la Réforme poussée par Luther progresse et a obtenu la conversion de plusieurs princes du Saint-Empire. Ailleurs - comme à Augsburg - la question divise. Les Fugger sont très hostiles au protestantisme; leurs principaux rivaux, les Welser, la soutiennent. Cet exemple montre bien l’une des raisons pour lesquelles l’Empereur s’inquiète tant des progrès de la Réforme, qui menace l’unité du Saint-Empire; mais il faut aussi préciser que la conversion de prince-électeurs, donc de ceux qui sont capables de choisir le prochain Empereur, joue aussi. Les intentions exactes de l’Empereur sont difficiles à établir; les princes protestants sont inquiets de cette convocation.

Luther est officiellement banni du Saint-Empire depuis la diète de Worms et ne peut se présenter en personne; il envoie alors son principal collaborateur, le brillant théologien (et plus fin politique que lui) Philippe Melanchthon. Les princes protestants prévoient de lire une déclaration - pour être exact une confession de foi - principalement rédigée par Luther, à Torgau où il s’est réuni avec les principaux penseurs des courants de la Réforme. Melanchthon ira lui-même à la Diète d’Augsburg de 1530, et il adoucira quelque peu le texte de Torgau à la recherche d’un compromis. Cela donne le texte final lu par les protestants le 25 juin 1530, qui va devenir l’un des socles du credo luthérien.

Il règne dans tout cela une atmosphère de guerre froide. Toutes ces assemblées se réunissent dans des périodes de crise - révolte paysannes, tentatives de réformes plus radicales condamnées aussi bien par les catholiques que par les luthériens, danger de la progression des Ottomans à l’Est, etc. Ni les princes luthériens, ni l’Empereur n’ont une position très ferme et très claire (Charles Quint consacre des libertés religieuses à Speyer en 1526 pour revenir dessus trois ans plus tards; les luthériens affirment défendre les libertés religieuses, mais à lire Luther, il semble que le but est tout de même de remplacer définitivement le catholicisme).

L’interim d’Augsburg (1548)

Dans cette inquiétude générale, l’année suivante (1531), les princes protestants forment une alliance, la Ligue de Smalkalde - auf Deutsch, der Schmalkaldischer Bund. L’Empereur temporise, et espère sans doute trouver une sortie politique. Mais les tensions croissent; à Augsburg, la réforme est officiellement reconnue en 1534; trois ans plus tard, le culte catholique y est interdit.

Les autorités catholiques, qui constatent les progrès du protestantisme un peu partout en Europe, parviennent enfin à entamer leur propre tentative de réforme en réunissant un nouveau concile à Trente; il faudra 18 ans avec de nombreuses interruptions.

Mais les protestants allemands refusent, dès le début, d’en reconnaître la légitimité. Cette fois-ci, l’Empereur décide d’en passer par les armes et l’Empire rentre, de facto, en guerre civile. La bataille décivise aura lieue en 1547 à Mühlberg, en Saxe - grande terre luthérienne. Les troupes luthériennes sont vaincues, et les princes protestants doivent négocier une paix… là encore, à Augsburg. Si Charles Quint remporte un succès militaire, il échoue à diviser réellement le bloc protestant et comprend vite que, sauf à vouloir une guerre civile perpétuelle (dangereuse, dans la mesure où les voisins, notamment la France, sont prêtes à soutenir les princes protestants), il doit encore négocier.

Charles Quint proposera un compromis; il exige d’un côté des concessions théologiques, mais en fait de son côté; en attendant les conclusions du Concile de Trente, les prêtres auront le droit de se marier - le caractère temporaire de cette mesure vaut au décret le nom d’Interim d’Augsburg.

La paix d’Augsburg (1555)

Mais ce compromis mécontente aussi bien les catholiques que les protestants. Une déclaration concurrente est faite par ces derniers à Leipzig en 1549. La Saxe se révolte trois ans plus tard. Une alliance entre Henri II de France et la ligue de Smalklade fait reculer les armées impériales tandis que la France en profite pour dérober “les trois évêchés” (Metz, Toul, Verdun). L’Empereur accepte de revenir sur l’Interim d’Augsburg en signant la paix à Passau (1552 - au passage, Passau est une ville magnifique, si vous avez l’occasion d’y passer, n’hésitez pas). Mais la paix précise que l’accord devra être renégocié à la prochaine diète.

En 1555, celle-ci a lieu, là encore à Augsburg. Charles Quint, épuisé par la gestion de son Empire et la maladie, prépare son abdication et la répartition de ses territoires; l’Empire ira à son frère Ferdinand, qui sera du reste le principal négociateur de la paix de 1555. Celle-ci règle le conflit avec les princes luthériens et consacre, sans le nommer comme tel, le principe cujus regio, ejus religio (l’expression ne sera prononcée comme telle qu’au siècle suivant), “à chaque royaume, sa religion”. Le compromis trouvé est le suivant : les sujets doivent suivre la religion de leur prince. Dans les duchés et les villes où les gouvernants sont protestants, on suivra le culte protestant; là où ils sont catholiques, on suivra le culte catholique. La tentative de conserver l’unité religieuse de l’Empire échoue.

Ce compromis ne durera du reste pas très longtemps. Il sera secoué non seulement par les efforts de la contre-réforme, mais aussi par le fait qu’il ne concerne que les droits des luthériens; l’irruption progressive du calvinisme, notamment, le mettra à mal les décennies suivantes, mais on en parlera une autre fois !

Et Augsburg dans tout ça ? Après 1548, Charles Quint réorganise le système politique d’Augsburg, pour assurer que quelques familles patriciennes et catholiques gardent le pouvoir. La ville suivra donc la religion romaine.

Quelques siècles en quelques mots

Après ces longues considérations, je passerai très vite sur la suite de l’histoire d’Augsburg, on aura un match retour pour en parler. La ville sera ravagée par la Guerre de Trente ans, rejoindra le Royaume de Bavière à la dissolution de l’Empire, et se spécialise peu à peu au XXe siècle dans l’industrie aéronautique. C’est aujourd’hui la 23e ville allemande par la population. J’avais prévenu que ça serait rapide !

Et le foot dans tout ça ?

Là encore, en quelques mots.

Le FC Augsburg, fondé en 1907 sous le nom de Fussball-Klub Alemannia, resta de longues années un club bavarois; il gagne en 1951 la coupe régionale et connaît un bref passage dans la première division régionale. Mais très vite, le club descend; malgré une fusion en 1969 (qui lui vaut son nom actuel), le club ne peut empêcher sa chute dans les championnats amateur. Il remonte peu à peu et atteint la 2. Bundesliga en 2006.

Ils rejoignent la première division en 2011, et s’y maintiennent. 14e, 15e puis 8e en 2014, 5e en 2015 qui leur ouvre les portes de la Ligue Europa où ils se qualifieront pour les phases finales, ils ont gardé la même place l’an dernier.

Cette saison est moins brillante pour eux; à la 12e place, avec 4 victoires seulement et 6 défaites, ils pâtissent de leur manque de possession et de leur difficulté à concrétiser leurs occasions. Hoffenheim pourrait bien décrocher une septième victoire qui se fait attendre !