Aujourd’hui, c’est du lourd, c’est le BVB : le Ballspielverein Borussia Dortmund (ce qu’on pourrait traduire à peu près comme “association de jeu de balle prusienne de Dortmund”).

La fondation

Le club a été fondé en 1909 par des adolescents soucieux de s’extraire de l’association catholique qui encadrait jusqu’à présent leur pratique sportive - à cette époque, l’Église a un point de vue ambiguë sur le football, perçu comme un jeu sauvage et généralement mal considéré. Les choses changeront grandement au cours du XXe siècle, puisque les équipes de football paroissiales deviendront très fréquentes - on trouve ainsi de nombreuses équipes dans l’Ouest de la France qui ont été inspirées par la pratique religieuse, et une très belle scène de La messa è finita de Nanni Moretti illustre bien cette assimilation du football par l’Église dans la seconde moitié du siècle dernier.

Mais en Allemagne à la fin des 1900s, le jeu est encore mal perçu; réuni dans le bar Zum Wildschütz, un groupe de 19 jeunes hommes fonde officiellement le club - nommé Borussia en l’honneur de la bière servie dans ce pub. Le club joue dans les plus petits championnats régionaux.

En 1933, le BVB s’illustre en résistant à la nazification - le président du club, August Busse, refuse notamment de rejoindre le parti nazi. Le régime le fait remplacer.

L’après-guerre

Après la guerre, le club est dissous comme tous les autres clubs de football allemand d’alors, puis refondé. Ce nouveau BVB atteint l’échelle nationale, et est trois fois champion d’Alleamgne (1956, 1957, 1963) y compris dans la dernière édition du tournoi avant l’établissement de la Bundesliga. Sans surprise, Dortmund fait partie des premières équipes à disputer ce nouveau championnat - c’est du reste la première équipe a avoir jamais marqué un but en Bundesliga (contre Bremen, mais ceux-ci gagneront in fine le match…).

On a déjà souligné ici à de nombreuses reprises que la Bundesliga avait surtout été le lieu d’émergence de deux nouvelles puissances jusque là peu connues : le Bayern München et le Borussia Mönchengladbach. Dortmund fait partie des équipes qui entraient dans la ligue avec beaucoup de notoriété et ont déçu les espoirs. Si l’équipe reste très solide pendant la première décennie de la ligue, et obtient quelques succès dans les autres compétitions (coupe d’Allemagne en 1965, coupes euroéenne des vainqueurs de coupes l’année suivante), les années 1970 sont bien moins glorieuses; suite à des difficultés financières, le club est relégué en seconde division en pendant quatre ans entre 1972 et 1976; les années 1980 sont là encore peu fameuses, jusqu’à une nouvelle coupe d’Allemagne en 1989.

L’ascension des 1990s

La décennie glorieuse du BVB s’ouvre enfin. En 1992, finaliste de l’UEFA (et laminé 6-1 par la Juventus dans le score cumulé des deux matchs aller/retour), Dortmund peut accumuler un trésor de guerre (là encore, comme on l’a déjà dit, les revenus tirés de la Bundesliga sont très modestes par rapport aux autres championnats natinoaux; les clubs allemands qui participent aux compétitions internationales gagnent beaucoup d’argent).

Dortmund va enfin devenir champion, deux années d’affilées, en 1995 et 1996. En 1997, ils rencontrent à nouveau la Juventus - celle où s’illustre alors un certain Zinedine Zidane - dans une finale, cette fois en ligue des champions, et l’emporte 3-1. L’année suivante, ils ne s’inclient en ligue des champions qu’en demi-finale (face au Real). Le club remporte à nouveau la Bundesliga en 2002.

Dortmund faisait partie des innovateurs en matière de marketing dans le milieu des clubs allemands; avec Leverkusien et le Bayern, Dortmund fait parti des premiers clubs à avoir opté pour un marketing décentralisés (un point complexe surlequel je reviendrai dans un billet futur). C’est, comme le Bayern, un membre de l’ancien G-14, signe d’une trésorerie importante. Dortmund a toutefois poussé plus loin que les autres équipes les innovations financières et structurelles en devenant le seul club allemand côté en bourse - ce qui lui a d’abord assuré, après les décennies de vache maigre en 1970 et 1980, une situation plus confortable: Dortmund pouvait rivaliser sur le marché des transferts avec le Bayern, se payant des joueurs comme le brésilien Amoroso pour 17.5 million d’euros en 2001). On peut avoir diverses opinions sur ce type d’innovation, mais, là encore, il faut rappeler que les revenus télévisés de la Bundesliga représentent une très faible partie des budgets des grands clubs; en 2001, Dortmund ne tire que 17.5% de ses revenus de la diffusion télévisée.

Mais la situation financière du club s’est vite dégradé des le début des années 2000, atteignant une situation humiliante en 2003 où le club dut s’endetter auprès du rival munichois pour garder sa trésorerie à flot. En 2005, la valeur des actions de Dortmund s’était effondrée. De nouveaux contrats de sponsoring et la vente de quelques stars permirent d’éviter la faillite, mais les résultats de l’équipe, entre temps, ont drastiquement baissé.

La relance des années 2010

Le club se renouvelle énormément grâce au travail remarquable accompli par Jürgen Klopp, ancien joueur vedette de Mainz 05, et manager de Dortmund entre 2008 et 2015 (longévité assez rare dans le milieu !). Klopp renouvellement grandement l’effectif et aligne en 2010 une équipe beaucoup plus jeune, où on trouve des étoiles allemandes comme Mario Götze, Mats Hummels, Robert Lewandowksi, et des joueurs internationaux comme les attaquants Lucas Barrios et Kagawa Shinji, l’infatigable milieu serbe Neven Subotić ou le très polyvalent arrière polonais Łukasz Piszczek.

La saison 2010/2011 se finit par un triomphe au championnat, avec 3 victoires de plus et une défaite de moins que le second (Leverkusen), et, cerise sur le gâteau, dix points d’avance face au Bayern qui occupe la troisième place.

La saison suivante (2011/2012), Dortmund dépasse le record d’invulnérabilité de l’histoire de la Bundesliga avec 28 matchs sans subir de défaites. Et pour la deuxième saison consécutive, Dortmund est champion. Pour couronner le tout, le club se paye un doublé en coupe d’Allemagne.

En 2013, le club finira second de la Bundesliga. Mais peu importe, puisque cette année là, tous les regards sont sur la finale de la ligue des champions organisée à Wembley, transformée en finale de Bundesliga puisque s’y opposent BVB et Bayern. La victoire du Bayern marque la fin d’un cycle pour Dortmund.

Là où l’ennemi classique du BVB était Schalke 04, l’autre grand club de la Ruhr avec Mönchengladbach, on voit que le véritable adversaire est devenu avec le temps le Bayern. Cette opposition recouvre aussi un petit caractère politique, souvent noté par les observateurs : la Ruhr est une région plus souvent acquise au SPD (principal parti de gouvernement à gauche), alors que la Bavière est un fief historique de la droite allemande.

Le présent

Dortmund a fini 2e en 2013/2014, 7e en 2014/2015 et 2e à nouveau l’an dernier. Le club a été réorganisé en 2015 par son nouvel entraîneur, Thomas Tuchel, lequel avait commencé la saison précédente par une succession spectaculaire de 11 victoires (arrêté par… Hoffenheim qui avait obtenu un nul contre le BVB).

Actuellement 6e du classement, Dortmund se caractérise par une attaque ravageuse, qui lui a valut de très beaux succès : 6-0 puis 8-4 (!) contre le Legia de Varsovie, 6-0 contre Darmstadt, 5-1 contre Wolfsburg, 5-2 contre Hamburg… avec seulement 3 défaites. Le club favorise la possession, le contrôle du milieu qui se transforme en redoutables attaques sur l’ailes, souvent concrétisées par le redoutable attaquant Pierre-Emerick Aubameyang (13 sélections, 15 goal !).

Hoffenheim est la seule équipe européenne imbattue à cette heure à part le Real Madrid. Dortmund pourrait bien mettre fin à ce record, surtout que le précédent match a du abîmer quelque peu le moral du TSG. Mais après tout, Hoffenheim reçoit et une victoire les propulserait à la 3e place du tableau. Je n’ose, en revanche !, fournir de pronostic cette fois-ci.