La 2e révélation de la Bundesliga

Ce samedi, le TSG Hoffenheim rencontre un adversaire de taille, l’immense Borussia Mönchengladbach. Pourquoi ce “Borussia” qui pourrait sonner plutôt slave aux oreilles ? Parce que c’est le nom latin de la Prusse, et que celle-ci, avant la fondation du IIe Reich en 1871, s’étendait jusqu’à la Rhénanie-Palatinat où se trouve la ville de Mönchengladbach.

L’équipe est fondée en 1900 et obtient très vite de très bons résultats dans sa ligue régionale, jusqu’à devenir champion de sa région en 1920. Mais il ne perce guère sur la scène nationale jusqu’en 1960, moment où il remporte son premier titre d’importance, la Coupe d’Allemagne.

En 1962, le club choisit comme entraîneur Hennes Weisweiler, ancien milieu du FC Köln qui marquera son époque comme sélectionneur compte tenu de sa capacité à repérer les plus jeunes talents. En 1965, deux équipes rejoignent la Bundesliga : le Bayern München, qu’on ne présente plus, et son futur rival : notre fameux Borussia Mönchengladbach. L’effectif de l’équipe est remarquablement jeune. Weisweiler n’a pas le moyen de se payer des stars, et mise tout sur les jeunes. La meilleure recrue sera sans aucun doute Günter Netzer, le milieu emblématique de ces années, qui n’a que 21 ans en 1965; il est épaulé de l’attaquant Jupp Heynckes, l’homme qui entraînera le Bayern lors de son triplé de 2013, alors jeune attaquant de 19 ans. Un an plus tard se joint à l’équipe l’un des meilleurs défenseurs de la même période, Hans-Hubert Vogts (lui aussi a 19 ans lors de ses premières sélections). L’équipe, dont l’âge moyen est de 21 ans et demi, est surnommée “Die Fholenelf”, mélange de das Fholen (le poulain, qui donne foal en anglais) et elf, onze, donc: “les onze poulains”.

On comprend aisément qu’une équipe jeune et relativement peu connue ait pu créer la surprise et attirer une certaine sympathie nationale. Leur style de jeu est hyper-offensif et séduisant, marqué par des triomphes (5-0 contre Tasmania Berlin, 4-1 contre Neunkirchen, 8-3 contre Nürnberg) et des raclées (0-7 pris à domicile contre Bremen, 5-0 à l’extérieur contre Hamburg). Les saisons suivantes voient des matchs complètement fous, comme un 11-0 contre rien moins que Schalke 04 (en 1966/1967) et 10-0 contre Neunkirchen (en 1967/1968). Il faut ajouter à ce listing un autre record, plus tardif : le 12-0 obtenu contre Dortmund en 1978, plus grande victoire de l’histoire de la Bundesliga. En plus du spectacle, ils offrent en outre à ceux qui n’aiment vraiment pas la Bavière un rival au Bayern. Ces premiers succès font grimper les salaires des joueurs; la vente de certains permet à Weisweiler de recruter quelques vétérans pour solidifier un peu l’équipe et améliorer sa défense.

Le triomphe des années 1970

Le Borussia Mönchengladbach atteint son apogée dans cette décennie. En 1970, ils remportent le championnat; l’année suivante, pour la première fois de l’histoire de la Bundesliga, le champion réitère son exploit - l’année suivante, alors que le Bayern leur dame la première place en Bundesliga, ils se consolent avec la coupe d’Allemagne (et une finale en coupe de l’UEFA, future Ligue Europa). En 1975, ils sont à nouveau champion - mettant fin aux trois années de domination du Bayern, et doublent d’une victoire à la coupe de l’UEFA. A leur tour, ils restent trois ans champions.

La période n’est pas sans quelques incidents, le plus célèbre étant sans doute le Büchsenwurfspiel, connue en italie comme Partita della Lattina (“la partie de la canette”), 8e de finale de la coupe des champions au cours de laquelle un supporter de Mönchengladbach jette une canette à la tête d’un attaquant de l’Inter Milan. Malgré la victoire 7-1 du Borussia, le match sera plus tard annulé et l’équipe durement sanctionnée.

Si Mönchengladbach obtient une deuxième victoire à l’UEFA en 1979, l’équipe ne gagnera plus jamais la Bundesliga. Le niveau décline progressivement, et lors de la saison 1989, l’équipe échappe de peu à la relégation. Malgré une tentative de remontée au sommet au début des années 1990, une prometteuse coupe d’Allemagne en 1995, quatre ans plus tard, le club est renvoyée en deuxième division.

Traversée du désert et remontée

Le club ne reste que deux années en deuxième division; il y retourne en 2007 pour une saison. Mais le début des années 2010 voit le club reprend sa place parmi les plus grands et renouer avec la ligue des cahmpions. Le style de jeu est réinventé et s’inspire du goût espagnol pour les passes courtes et nombreuses. De nouveaux joueurs de talents apparaissent, au premier titre desquels un jeune formé dans l’équipe junior, le brillant milieu Marco Reus (qui rejoint le club à 20 ans). En 2012, ils finissent 4e. Après un recul à la 8e place l’année suivante, ils montent à la 6e, puis 3e place… et ont fini 4e l’an dernier.

Cette année n’a pas très bien commencée pour eux. Ils sont 13e du classement pour l’heure, avec seulement 3 victoires et pas moins de 5 défaites; Freiburg a un peu surpris tout le monde en les battant 3-1, Berlin a marqué les esprits par un 3-0, et Schalke est sorti de sa spirale de défaite par un fracassant 4-0. Le rythme imposé par la ligue des Champions n’aide pas et Mönchengladbach devra affronter Hoffeneheim 3 jours après un nul obtenu mercredi contre Manchester City. En plus de tout, leur prochain adversaire est aussi un gros poisson, Dortmund.

Ceci étant, rien n’est joué. Malgré le relatif manque de réussite de l’équipe et ses faiblesses défensives, elle n’en reste pas moins redoutable, et le TSG risque d’avoir du mal fasse à la variante rhénane de tiki-taka pratiquée par Mönchengladbach mâtinée de passes en profondeurs. L’opposition de style pourrait également être intéressante : Nagelsmann privilégie un 3-1-4-2 très agressif, Mönchengladbach s’avance un peu moins avec un 3-4-1-2. L’entraîneur de Hoffenheim a par ailleurs indiqué qu’il considérait qu’il n’avait pas l’intention de se laisser tromper par le mauvais classement actuel de Mönchengladbach - propos certes très convenus, mais le ton général semblait être qu’il fallait s’attendre à tout. Peut-être que Nagelsmann va ajuster son dispositif ? Dans tous les cas, après m’être spectaculairement planté sur mon pronostic de la semaine dernière, je vais rester très mesuré et espérer un 2-1 pour le TSG.