Les origines (1900-1945)

Il n’est pas vraiment nécessaire de présenter le Fussball-Club Bayern München, que nous appellerons par son petit nom de “Bayern”. Mais attardons nous tout de même sur le début de ce club, dont la réputation est relativement récente.

A sa fondation en 1900, le Bayern est le troisième club de Football fondé à München. Loin de sa popularité nationale, puis internationale, le Bayern des origines est une équipe farouchement munichoise. Son premier grand succès est en 1932, lorsque le club remporte la finale du championnat allemand (qui, rappelons le, est une coupe organisée entre les champions des sept championnats régionaux).

L’arrivée du nazisme coupe brutalement cette montée : la déjudaïsation sera fatale au président Kurt Landauer et au coach Richard Dombi. Leurs remplaçants sont loin d’avoir le même niveau, et le club dégringole petit à petit dans les nouvelles compétitions créées sous le nazisme. Landauer sera déporté à Dachau en 1938, mais sera libéré pour sses faits d’armes lors de la Première Guerre Mondiale, ce qui lui permet de fuir pour la Suisse.

L’ascension et le triomphe (1945-1976)

Dissous comme tous les clubs après la guerre, le Bayern est refondé; il retrouve en 1947 son ancien président, Kurt Landauer, de retour d’exil. Le Bayern est encore un club relativement banal, mais son niveau progresse régulièrement. Il remporte la coupe d’Allemagne en 1957, à la surprise générale car ses performances l’année précédente était plus que médiocre.

Le grand moment de révélation du Bayern est le début des années 1960 et l’entrée en Bundesliga en 1965. Le Bayern finit sa première saison en 3e place. 4 ans plus tard, il est champion. Et il ne quittera le podium qu’en 1975, après 3 victoires consécutives. Et bien sûr, entre 1973 et 1976, le Bayern est l’auteur d’un triplé mythique en ligue des champions, ajoutant le triomphe international à la domination nationale. Il faudra attendre 2001 et 2013 pour que le Bayern remporte à nouveau la compétition - ce qui ne l’empêche pas d’être le 3e club le plus titré de la ligue des champions, derrière le Real et l’AC Milan.

A cette époque, le Bayern évoque surtout trois nom: le mythique libéro Franz Beckenbauer, le plus grand buteur de l’histoire de la compétition Gerd Müller, et Sepp Maier, élu 4e meilleur gardien du XXe siècle.

A cette époque, le football allemand est en phase de starisation. A ces trois noms, il faut ajouter le non moins célèbre meneur de jeu de Mönchengladbach, Günter Netzer - ce qui s’illustre par de profonde modifications dans le style de jeu, notamment de l’équipe nationale, entre la victoire au mondial 1954 et celle de 1974, où des personnalités fortes dominent largement et son encensées.

Cette starisation s’explique en partie par la “surprise” des années 1960 : la domination de la ligue par une équipe pratiquement inconnue avant (Mönchengladbach) et une équipe jugée moyenne, qui n’avait même pas participé aux deux premières saisons. Elle entraîne surtout une dérégionalisation des supporters : le Bayern devient le deuxième club à puiser des fans dans tout le pays, après Schalke 04. Un exploit considérable, car la Bavière est une région assez particulariste et qui ne fait pas l’unanimité auprès des autres Länder - d’un autre côté, la région devient aussi l’un des symboles de la reconstruction économique du pays autant qu’un produit d’exportation, dont le symbole est l’organisation des Jeux Olympiques dans la ville en 1972.

Elle marque aussi un certain esprit du Bayern et sa stratégie de marketing, qui a très vite compris le profit à tirer des joueurs stars - ce jusque dans les années 2000 avec deux grands noms : Oliver Kahn et Michael Ballack, et aujourd’hui bien sûr, l’équipe contenant une ribambelle de stars : Neuer, Ribéry, Boateng, Lahm, Xabi Alonso, Lewandowski, Müller…

Cette stratégie est en grande partie permise par la présence internationale du Bayern. Les revenus télévisuels de la Bundesliga sont inférieurs aux autres compétitions européennes; à ce titre, parvenir en ligue des champions, y demeurer et y briller devient donc un enjeu économique de première importance et donne un avantage financier de poids. L’argent ne fait pas tout au succès d’un club, mais réfléchissez-y un moment en regardant le tableau actuel : dans les 3 premiers clubs, on trouve le Bayern dont on vient d’expliquer la manne, et deux clubs assistés par un sugar daddy.

Reconstruction et nouveaux triomphes (1975-2016)

Après ces digressions, revenons au parcours du Bayern. La perte de sa charnière met le club en difficulté pendant 4 ans. Sa saison 1977-1978 s’achève avec une décevante 12e place. 1979 aurait pu être l’année de l’effondrement, puisque le club perd également son gardien légendaire, Sepp Maier se blessant dans un accident de voiture qui lui coûtera sa carrière.

Mais la nouvelle génération fait aussi bien que l’ancienne, et les années 1980 ne voient pas le Bayern descendre plus loin que la 4e place de la ligue - et 7 sacres de champions.

Les années 1990 sont un peu moins brillantes, le club changeant de coach presque tous les ans, et connaissant des hauts (deux titres de champions) et des bas (une saison 1991-1992 où il passe de la 2e à la 10e place). Les choses se stabilisent ensuite avec les 6 ans de gestion par Ottmar Hitzfeld (1998-2004), puis les 3 ans de Felix Magath (2004-2007).

De 1998 à 2010, c’est l’écrasante domination : le club est 8 fois champions et ne tombe du podium qu’une seule fois en 2006-2007.

En 2013, avec Pep Guardiola Jupp Heynckes aux commandes, le club réalise son premier triplé championnat / coupe / ligue des champions. Depuis, le club reste collé à la première place (Guardiola, contrairement à ce que j’ai écrit d’abord, n’arrive qu’après cette victoire… mes remerciements au lecteur qui m’a remonté cette erreur et mes excuses !). En 2016, Guardiola est remplacé par le non moins légendaire et impavide Ancelotti, probablement avec l’intention d’obtenir un nouveau triplé.

Qu’attendre du match ?

Soyons honnête : je ne crois pas trop à une victoire du TSG. Le Bayern a brillé cette saison aussi bien par les attaques sur les ailes que centrales, par les contres attaques que par les offensives construites. Depuis le début de la saison, il n’a perdu qu’une fois, en Ligue des Champions contre l’Atletico Madrid. Et seul Köln a pu arracher un nul d’un match où le Bayern jouait à domicile.

Ceci étant, Julian Nagelsmann a un point to make. Il y a 3 ans, lorsqu’il a accepté d’entraîner les moins de 19 ans du TSG, il refusait une offre similaire… du Bayern. Ceci dit, la différence entre les deux effectifs ne plaide guère en sa faveur, et je vois mal comment il pourrait vouloir tenter autre chose que le nul. Je n’ose même pas fournir un pronostic. Autant vous dire que ce Samstagnachmittag risque d’être dur.

 Résultat

Gniiiii quelle frustration. Après un but incroyable du à la collaboration Amiri / Demirbay, tout est à recommencer suite à un but contre son camp de Zuber. Ceci dit, ne soyons pas trop dur : sans l’intervention de Zuber, Lewandowksi avait toutes les chances de marquer.

La suite du match voit un Bayern très faiblard - notamment parce que la majorité des pointures ne sont pas sur le terrain - qui obtient deux grosses occasions dans les dix dernières minutes mais qui manquent de peu.

Malgré le score, Hoffenheim est encore loin du niveau des munichois, et me paraît avoir eu beaucoup de chance (même s’ils ont indiscutablement très, très bien joué, le milieu du terrain fut globalement plutôt bavarois). Il n’empêche, Nagelsmann a prouvé qu’une victoire n’était pas complètement impossible et Ancelotti sortira peut-être sa vraie équipe lors du match retour.

La semaine d’après montre tout de même qu’on peut parler d’un affaiblissement du Bayern, car Dortmund a réussi un bel exploit samedi 19 en battant 1-0 le monstre sacré…