Hoffenheim s’en est très bien tiré jusqu’à présent, ce qui permet à l’équipe de profiter de la 6e place du tableau. Mais fini de rire, on entame quelques semaines d’horreur. D’abord ce samedi avec le Leverkusen. Puis en coupe contre Cologne (n°2 du classement). Suivi d’un match contre Berlin (4e). Et, pour couronner le tout, le champion en titre, le Bayern München, vainqueur de 5 de ses 7 derniers matchs.

 Le groupe Bayer

Le XIXe siècle est le siècle de l’Angleterre. Elle domine géopolitiquement et économiquement, grâce à son industrialisation précoce. Une source constante d’étonnement pour les historiens économiques, c’est que l’Angleterre a manqué le coche dans plusieurs secteurs fondamentaux dans la deuxième moitié du siècle, se laissant distancier notamment par… l’Allemagne, et particulièrement dans le domaine de la chimie. Le groupe Bayer, fondé en 1863, est à bien des titres un symbole de ce succès allemand.

Bayer est notamment à l’origine de l’invention de l’aspirine (en 1899), entrée dans le domaine public lors des négociations du Traité de Versailles. On lui doit également - entre autre - la découverte de l’héroïne, du phénobarbital et de la suramine. Ses succès lui ont permis de racheter de nombreux laboratoires pharmaceutiques, et c’est aujourd’hui le 10e groupe pharmaceutique au monde.

A côté de ça, Bayer c’est aussi de nombreux épisodes honteux : le trafic et les expérimentations humaines pendant la 2nde Guerre Mondiale, auxquels il faut ajouter dans la seconde moitié du XXe siècle, comme souvent dans ce secteur, des scandales sur les effets des produits commercialisés.

Le Bayer Leverkusen

Si Bayer est fondé à Barmen (ville de naissance de Friedrich Engels), la société s’installe à Leverkusen en 1861, après avoir acheté une usine de colorants (autre secteur dans lequel l’Allemagne va doubler le Royaume-Uni à cette époque). En 1904, comme dans beaucoup d’autres entreprises allemandes, les employés réclament la création d’un club de sport. Ce sera le Turn- und Spielverein Bayer 04 Leverkusen, qui se dote d’une section de Football en 907. Pendant la première moitié du XXe siècle, le club montre un bon niveau, mais n’atteint jamais l’équivalent d’une première division.

C’est en raison de son ancienneté que le club échappe à l’interdiction du naming, et qu’il peut continuer à porter le nom de l’entreprise - ce qui fait grincer les dents de certains clubs, notamment Leipzig qui n’a pas le droit de s’appeler “Red Bull”.

Le club commence à s’imposer en 2. Bundesliga dans les années 1970, et rejointe l’échellon supérieur en 1979. En 1988, ils gagnent la coupe de l’UEFA dans l’une des ses finales les plus célèbres (menés 3-0, ils finissent par emporter le match aux tirs aux buts).

Le Bayer Leverkusen fait partie, avec Schalke 04, des équipes un peu maudites; jamais champion de la Bundesliga, ils ont également toujours été capable de rater des finales, réussissant en 2002 l’exploit de perdre à la fois celle du championnat, de la coupe d’Allemagne et de la ligue des champions (contre le Real, à l’époque où Zidane était sur le terrain et non sur le banc), ce qui leur a valu le doux surnom de “Neverkusen”.

Cela ne leur empêche pas de rester un club fort apprécié, dont la politique de marketing agressive a permis de dégager des marges confortables (au début des années 2000, le Bayer ne devait que 22% de ses revenus aux diffusions télévisées - seul Dortmund et le Bayern font mieux). Et, j’enfonce le clou puisque le club que je soutiens est si souvent accusé de devoir son existence aux milliards de Dietmar Hopp, Leverkusen était le 3e club allemand à appartenir au G-14, lobby qui réunissait les clubs les plus riches des championnats européens.

Ils ont été aussi les architectes de la refonte de la formation des jeunes joueurs à la fin des années 1990 (après le traumatisme de la défaite face à la croatie lors de la coupe du monde de 1998), où le manager d’alors, Reiner Calmund fût l’un des principaux inspirateurs des réformes qui, dans les deux décennies ultérieures, porteront les fruits qu’on sait.

Les performances du Bayer ont ensuite été très variables, et les managers y ont souvent valsé - en 2006, Rudi Völler, prédécesseur de Joachim Löw (et ancien joueur du Bayer, après son passage à Marseille au début des années 1990) est appelé à la rescousse pour gérer l’intérim. Il est resté au club, où il est aujourd’hui directeur sportif.

Depuis 2010, toutefois, le club affiche d’excellents résultats: jamais classé plus bas que 5e, il a fini 3e la saison précédente. Et cette année ? Ses résultats en ligues des champions sont un peu décevant (égalisations contre Monaco et Moscou). L’équipe se montre inégale : après avoir vaincu Dortmund, pourtant en pleine forme en ce moment !, à 2-0, ils ont cédé devant Brème qui n’est pas l’équipe la plus convaincante du moment. Et en ligue des champions, ils sont bien partis pour ne faire que des matchs nuls en poule.

Oserais-je un nouveau pronostic ? Le talent pour les passes en profondeur du Bayer et la résistance, ahem, discutable de la défense de Hoffenheim en la matière, d’un côté, mais la vulnérabilité face aux contre-attaques du Bayer de cette année me fait penser qu’on pourrait voir un grand nombre de buts. Je vois bien un score final autour de 3-2 - en espérant que l’avantage soit pour le TSG !

Résultat

3-0 pour Hoffenheim, mazette ! Le score s’explique en grande partie par un carton rouge très, très sévère contre Kevin Volland, start de Leverkusen (et accessoirement, ancien du TSG) dès la 8e minute, qui a un petit peu tué le match. Mais même ainsi, le Bayer a commis de nombreuses fautes défensives et s’est montré particulièrement peu inspiré, en dépit des qualités individuelles souvent remarquables de son effectif.

En face, le spectacle donné par les passes parfaites d’un Amiri, un sublime centre de Kramarić et les tirs de Wagner et Demirbay se sont parfaitement combiné. Il faut aussi que je cesse de me moquer de la défense de Hoffenheim, dont le niveau semble s’améliorer de matchs en matchs.

Ceci étant, il faut faire la fête tant que c’est encore possible; avec la meilleure forme récente du championnat et une très belle place de n°3 au tableau, Hoffenheim va maintenant rencontrer les poids lourds de la compétition. On fera peut-être ici un commentaire sur Cologne, mais cette année le blog traite plutôt de la ligue, je ne sais pas encore si je parlerai du match; c’est surtout contre Berlin, actuellement n°2, que les choses vont devenir plus ardues.

Pour l’heure, ne boudons pas notre plaisir et restons optimiste !