La rive droite du Rhin

Nous restons dans le sud de l’Allemagne, mais nous changeons de Land pour aller dans le Baden-Württemberg, à Freiburg im Breisgau, située juste sous la Forêt Noire, à quelques kilomètres de l’Alsace. Et à 120 kilomètres, au nord-est, se trouve la commune de Sinsheim… où l’on trouve notre bien aimé Hoffenheim. C’est donc à un Derby que nous nous préparons, ô joie !

La ville existe officiellement depuis le XIIe siècle, et comme son l’indique clairement, c’est une “ville libre”, c’est à dire, pour faire simple, qu’elle dispose au moins en théorie d’un certain degré d’autonomie par rapport au reste du comté où elle se trouve. Dans la pratique, l’histoire médiévale de Freiburg est une série de conflit avec le Comte, puis l’Empereur du Saint-Empire Romain Germanique. Au XVe siècle, elle “level-up” dans ce statut, si on peut dire, devenant une ville libre d’Empire (une Freie Reichstadt en allemand), ce qui lui garantit plus d’autonomie et moins d’impôts.

Lors de l’intervention de la France pendant la Guerre de Trente Ans, Freiburg est un enjeu d’importance et, comme le reste du pays, la ville subit les destructions d’un des conflits les plus meurtriers avant le XXe siècle. Et les guerres qui suivent vont du reste amener Freiburg a être brièvement un territoire de la couronne de France (1679-1697). La géopolitique du XVIIe siècle étant une chose compliquée, résumons : en gros, à cette époque, le Saint-Empire et la France se disputent pour l’Alsace (oui, déjà). Notez que si on compte le XVIIIe siècle, la France a assiégé Freiburg plus de 7 fois. Les joies d’être une ville frontalière.

Je passe sur le XXe siècle, d’abord parce qu’il y aura un match retour, et ensuite parce que comme souvent, ce n’est pas très joyeux.

 Un peu de politique

Freiburg est assez symbolique de la situation politique du Baden-Württemberg, et plus généralement de l’Allemagne. Et comme cela va nous donner l’occasion de parler de la politique du Land où se trouve Hoffenheim, profitons-en.

2011 a profondément redessiné les cartes politique de Freiburg et de son Land. Depuis 1956, le Land était un bastion de la droite, grâce à l’alliance entre la CDU et un parti local, le DVP (Demokratische Volkspartei). La CDU, principal partie de gouvernement de la droite allemande, était généralement talonné de près par le SPD, son équivalent de gauche. Mais en 2011, choc : le parti vert est le deuxième partie du Land, et peut composer une majorité avec le SPD. Le Bade-Wurtemberg, d’habitude conservateur, passe à gauche.

Freiburg, qui était un bastion SPD depuis 1962, était déjà passé au vert en 2002, signe avant-coureur de la progression des écologistes dans le Land. Les élections de mars 2016 marquent une nouvelle étape: les verts sont cette fois le premier parti (première fois dans l’histoire politique de l’Allemagne que les écologistes remportent le plus de voix dans un vote au niveau d’un des États fédérés), notamment grâce à l’immense popularité du chef des Grünen local, Winfried Kretschmann. A la même élection, le SPD recule, et le troisième partie devient AfD (Alternative für Deutschland), la nouvelle extrême-droite allemande (sur laquelle il y aurait beaucoup à dire, mais je vous renvoie à un excellent portrait de sa tête de file dans le New Yorker de la semaine dernière. Aucun parti n’ayant une majorité suffisante, les Verts forment une coalition avec le CDU (essayez d’imaginer ça en France cinq minutes).

(Et si vous vous posez la question: à Sinsheim, qui est pourtant plutôt à droite, on a également voté vert en majorité en 2016…)

Le club du yo-yo

Alors quel est donc le Sport-Club Freiburg que nous allons voir jouer ce samedi ? Son histoire n’est pas palpitante, du coup je vais y aller à la serpe. En 1904, avec la première floraison de clubs de football en Allemagne, deux clubs sont fondés à Freiburg, qui fusionnent en 1912.

Mais à Freibrug existait aussi un autre club : le FFC, le Freiburger Fussball-Club, plus ancien (1897), et l’un des premiers champion d’Allemagne (1907). Après la Seconde Guerre Mondiale, le club évoluera en ligues régionales, puis en deuxième division, et puis s’enlsie peu à peu.

Pendant ce temps, le SC Freibourg sort des ligues régionales en 1992, et va connaître plusieurs passages en 1. Bundesliga (1993-1996, 1998-2002, 2003-2004, 2009-2015). Il est de retour cette saison, après avoir fini premier du tableau en 2016.

Ses premiers matchs de la saison sont à l’image de cette histoire contrastée : 5 matchs, 3 victoires, 2 défaites. Ils jouent un jeu simple et agressif avec une prédilection pour le 4-4-2, avec une défense aussi vulnérable aux contre-attaques que celle de Hoffenheim, et une préférence pour les attaques dans l’axe. Je parie - soyons fou ! - sur un 2-1 pour le TSG, qui est sur une bonne lancée !

 Résultats

Noch ein Sieg ! 2-1 (j’aurais du miser !) arraché dans les dix dernières minutes. Les vingt premières furent laborieuses - des deux côtés - les dispositif des équipes semblant se neutraliser. Puis, au milieu de la première mi-temps, une très belle course de Sandro Wagner trompe la défense et le gardien.

La deuxième mi-temps est un peu moins brillante, le TSG manque de belles occasions, et me semble ne pas avoir profité des espaces parfois béants qu’on pouvait voir par moment dans la défense des Freibürger. Puis, un quart d’heure où l’équipe semble manquer de souffle se conclut par une égalisation de Freiburg, après de nombreuses tentatives.

Hoffenheim ne se laisse pas faire et contre-attaque, une énorme obstruction de la défense leur vaut un pénalty, et nous voilà à 3 victoires. Soyons honnête, ce match n’était pas le plus agréable à voir, et il montre qu’il y a encore beaucoup de travail à faire - même si la défense s’améliore nettement, ce qui reste un bon signe.

Mention spéciale pour Amiri, qui n’a pas eu beaucoup de temps de jeu mais a fait de très, très beaux gestes; et bien sûr pour Sandro Wagner, dans un rôle de meneur de jeu en même temps que d’attaquant.