La ville

En bavière, on trouve des catholiques, des châteaux et des clubs de la Bundesliga. La Rhénanie du Nord en compte le plus, mais la Bavière la talonne, notamment grâce à l’arrivée en 2015 du Fussball-Club Ingolstadt 04. On parlera rapidement du club, mais avant commentons son surnom : Schanzer, qui est aussi un surnom fréquent pour la ville d’Ingolstadt, et dont la traduction exacte serait quelque chose comme “le retranchement” mais qu’il faudrait sans doute plutôt traduire par “la place-forte”.

La survivance d’un surnom fort militaire dans un pays qui a tendance à vouloir faire disparaître les allusions martiales de son vocabulaire s’explique par l’histoire de la ville, devenue au XVIe siècle une forteresse qui jouera un rôle important dans la Guerre de Trente Ans - c’est pratiquement la seule place-forte que les forces Suédoises ne prendront pas en Bavière.

Ingolstadt devient au XVIIe siècle une ville universitaire importante et un haut lieu de présence jésuite, implanté dans toute la région lors de l’offensive de la contre-réforme… Paradoxalement, Ingolstadt sera en même temps l’un des hauts lieux de la lutte contre la pensée jésuite. Adam Weishaupt, le fondateur de l’ordre des Illuminés de Bavière (les fameux “Illuminatis” qui plaisent tant aux théoriciens du complot - en allemand, c’est l’Illuminatenorden) y enseigne le droit canon. Ce n’est pas le lieu pour me lancer dans une histoire complète des Illuminés de Bavière, mais pour résumer très rapidement, le groupe compte les jésuites parmi ses nombreux ennemis idéologiques.

La forteresse tombera sous les assauts des troupes de la France révolutionnaire. Elle est reconstruite au XIXe siècle, et la ville reprend alors son rôle militaire. Pendant la Première Guerre Mondiale, la place-forte servira notamment de prison. Charles de Gaulle y est retenu pendant sa captivité entre 1916 et 1918.

La démilitarisation de l’Allemagne suite au Traité de Versailles met à mal l’économie locale d’Ingolstadt. Après la Seconde Guerre Mondiale, la ville perd le peu de fonctions militaires qui lui restait - mais l’image de forteresse est restée d’où le nom; elle devient une ville industrielle importante; et particulièrement dans le secteur automobile : de même que Wolsburg, c’est Volkswagen, Ingolstadt, c’est Audi.

Et là, vous allez me dire : mais Audi, c’est Volkswagen ! Oui, depuis 1963. Mais avant, Audi appartenait à un groupe nommé Auto Union, fruit de la fusion de petits constructeurs durement touchés par la crise de 1929… dont une partie des usines se trouvaient à Ingolstadt. Audi est bien sûr l’un des principaux sponsor de l’équipe de la ville, ce qui a inquiété plusieurs commentateurs qui trouvaient que Volkswagen avait trop d’influence sur le football allemand (le groupe Volkswagen finance 16 équipes de la 1ère et 2e division; Audi est notamment l’un des actionnaires du Bayern München).

 Le Club

Mais revenons au FC Ingolstadt 04. Pour une fois, le null vier est trompeur; il ne s’agit pas de 1904, mais de 2004. Et en réalité, le club est né de la fusion des deux clubs de la ville: le MTV 1881 (fondé en 1881, certes, mais la section football de ce club omnisport ne date “que” de 1905; et l’ESV Ingolstadt, fondé en 1919).

Séparés, ces deux clubs ne parvinrent jamais qu’à faire de brèves incursions en . Bundesliga - le reste de leur temps fut passé dans les divisions régionales (à cette époque, la troisième division n’existe pas encore). La fusion a propulsé le club assez rapidement dans les échelons du foot allemand: en dix ans, ils rejoignent le championnat de première division.

Leur première saison au sommet (2015-2016) est plutôt réussie : ils finissent 11e, après des victoires à domicile contre des pointures comme Mönchengladbach et Schalke. A l’extérieur, disons pudiquement qu’ils sont moins brillants. Malheureusement, ce samedi, ce sont eux qui reçoivent…

La saison 2016-2017 n’a pas très bien commencé pour le club : 5 matchs, 4 défaites, aucune victoire. Les dents grincent sur les performances récentes de leur gardien et du numéro neuf. Une victoire à l’extérieur pour Hoffenheim est tout à fait possible !

Résultats

Deuxième victoire de la saison, plus nette que la précédente, voilà qui ne peut que me réjouir, même si ce serait bien d’arrêter de concéder bêtement dans les dernières minutes. Hoffenheim a brillé par les dribbles (9 réussis contre 1 seul en face) et on doit à nouveau applaudir la qualité du jeu de Demirbay. On est moins convaincu par Wagner quand il n’est pas en position centrale, mais il fallait bien combler l’absence de Uth (c’est certes Wagner qui met le premier but, mais surtout grâce au jeu de Kramaric et Demirbay). Dans tous les cas, je comprends mieux que le gardien d’Ingolstadt ne rassure pas : sa prestation m’a paru vraiment peu rassurante pour son équipe.

Cette victoire me paraît surtout la preuve des qualités d’entraîneur de Nagelsmann. Le premier but illustre la qualité des phases d’entraînement, avec une très belle attaque à trois qui ne me paraît pas due à l’inspiration du moment. Après le 4-2-3-1 qui avait réussi contre Schalke, il a misé sur un 3-4-1-2 dans lequel Demirbay pouvait particulièrement briller (alors que la tactique d’en face était la même, 4-3-3). Si Kramaric avait eu plus de réussite (j’ai arrêté de compter ses tentatives au bout d’un moment…) on aurait pu asssiter à un 4-1.

Mais on peut s’inquiéter tout de même de certains éléments: l’aile gauche du match était brillante (Kramaric / Kaderàbek / Rupp / Hübner), malgré quelques prises de risques inconsidérées de Rupp. L’aile droite (Wagner / Toljan / Süle) semble nettement moins puissante, et la défense centrale laissée à Vogt ne m’a pas paru brillante, même si Rudy placé entre les deux lignes a été remarquable. Il va falloir regarder de près cette aile droite, car les équipes futures vont probablement chercher à l’exploiter.

On peut aussi s’inquiéter un peu de la faiblesse des joueurs de roulement : Amiri, blessé une minute après son entrée; Szalai, qui n’a pas servi à grand chose; et Polanski qui n’a pas fait d’étincelles. Mais enfin c’est un seul match, et il faudra comparer sur la longueur…