Ce samedi, le TSG Hoffenheim rencontre Wolfsburg, de son vrai nom : Verein für Leibesübungen Wolfsburg (VfL Wolfsburg). Ce qu’on pourrait traduire par “union d’éduction physique de Wolfsburg”. Contrairement au jeune club de Leipzig ou au très ancien Mainz que nous avons pu aborder jusqu’à présent, Woflsburg est en quelque sorte un symbole de la reconstruction allemande, même s’il a été fondé juste avant la Seconde Guerre Mondiale. Là où Hoffenheim et Mainz, fondés en 1899 et 1905, étaient des clubs pionniers, à l’époque où le football peinait à s’imposer, Wolfsburg arrive au moment où le football est devenu le loisir de masse. En 1910, l’armée allemande commence à l’utiliser dans les entraînements sportifs; la Première Guerre Mondiale achève de le faire connaître à tous les soldats du Reich. Et la République de Weimar voit le football devenir le sport préféré des classes populaires.

Wolfsburg, ville nouvelle

Mais avant de parler du club, il faut parler de la ville. Fait assez rare, les deux naissent la même année. Mais n’allons pas trop vite. En 1934, l’ingénieur Ferdinand Porsche, constructeur de tanks, de bombes et accessoirement de voitures, fondateur de la société éponyme, membre du parti nazi et futur SS, contacte Adolf Hitler pour lui proposer les plans d’une “voiture du peuple” visant à fournir aux masses laborieuses l’accès à l’automobile. La réalité concrète du projet est confiée au Deutsche Arbeitsfront, syndicat unique sous le régime nazi et - en simplifiant un peu - bras économique du pouvoir. Des usines et une ville nouvelle vont être construite en Basse-Saxe, là où il n’y avait jusqu’à présent qu’un château renaissance et un village.

Ces usines doivent construire le modèle dit “Porsche Type 60”. Une société d’État est créée pour la gérer, Volkswagen (généralement abrégée en VW). En construisant la ville pratiquement depuis rien, les administrateurs lui ajoutent un club omnisports pour les ouvriers, le VfL. C’est la section football de ce club qui va devenir l’équipe d’aujourd’hui. Revenons à la “Type 60”, rebaptisé en “VW Typ 1”, et surnommé plus tard “VW Käfer”. Les usines ont à peine le temps de fabriquer quelques voitures avant que la guerre n’éclate; elles sont alors reconverties pour l’effort de guerre. Lorsque la guerre tourne à la défaveur de l’Allemagne, la région va être occupée par les forces anglaises. Les unités du génie britannique vont remettre en route les usines de Wolfsburg, remettant en place les lignes de production initiale, celles de la “voiture du peuple”, avec pour but de la vendre. Mais ils ne trouvent pas preneurs; les industriels anglais n’en veulent pas; Ford, contacté, refuse également; tous trouvent le modèle conçu par Porsche affreux et sont certains qu’il n’aura aucun succès.

En fin de compte, lorsque Volkswagen redevient une entreprise plus classique, elle reprend l’usine et relance la production. La VW Käfer, connu en France sous le nom de “Coccinelle”, deviendra la 4e modèle automobile le plus vendu au monde - et Volkswagen un symbole du “miracle économique allemand” de l’après guerre.

Le football à l’ère de la RFA

L’Allemagne post-1945, outre la partition du pays, les destructions de la guerre, et la crise morale consécutive au nazisme, connait de vastes problèmes d’identité. Vu d’une France centralisée de longue date, et dont l’unification a été consacrée et patiemment consolidée par pratiquement tous les régimes qui s’y sont succédés, il est parfois difficile d’apprécier le désarroi allemand en la matière. Les formes impériales antérieures donnaient d’ordinaire une forme de centre et d’identité à un pays traditionnellement très morcellé et vivant dans la peur des divisions depuis le traumatisme de la Guerre de Trente Ans.

Un premier événement fondamental va contribuer au relèvement progressif de l’Allemagne : sa victoire en coupe du monde en 1954, contre une Hongrie archi-favorite, qui va devenir peu à peu un symbole national: das Wunder von Bern (“le miracle de Bern”). L’épisode a donné lieu à un film en 2003, l’un des plus grands succès du box office allemand. Gerhard Schröder, alors chancelier, a déclaré avoir eu les larmes aux yeux pendant le film. Cette victoire est d’autant plus marquante que l’équipe nationale allemande n’a pas vraiment brillé avant (en 1938, l’équipe du IIIe Reich est défaite par la Suisse en 8e. Résultats d’autant plus décevant que l’Autriche de l’entre deux guerre, connait, elle, les résultats brillants de sa Wunderteam d’alors.

Le football redonne donc une forme d’unité et de fierté à un peuple allemand (ou pour être exact: d’Allemands de l’Ouest) qui n’a pas eu beaucoup d’occasion d’en trouver depuis 1945. Neuf ans plus tard, la création de la Bundesliga va être une étape encore plus importante. Jusqu’alors, le football allemand n’est pas professionnalisé, même si comme en France, des pratiques de contournement existent (on aura l’occasion d’en reparler quand on abordera l’histoire de Schalke 04). Plus encore, il n’existe pas de championnant national, mais 5 ligues régionales, dont les champions s’opposent dans un bref tournoi. En 1963, la création de la Bundesliga modernise tout ce système, introduit l professionnalisation, et un championnat national.

Cela va donner à la forme fédérale, expérimentée après 1945, un de ses plus puissants symboles d’unité; non seulement parce que les équipes continuent à avoir une dimension locale, même si le recrutement va progressivement s’élargir, mais aussi parce qu’en les faisant s’opposer dans un même cadre national, elle font des équipes et de la lige elle-même des symboles tangibles aussi bien des Länder que de l’État fédéral lui-même. Son nom même illustre bien ce rôle symbolique : ne signifie-t-il pas en somme “ligue de la Fédération” ? Imagine-t-on les français parler de la “ligue de la République” ?

Un facteur d’unité et de stabilisation qu’on peut aussi rapprocher de l’étrange destin constitutionnel de l’Allemagne d’après 1945. Celle-ci n’a pas de “constitution” au sens propre (on parlerait en allemand de Verfassung), mais une “loi fondamentale” (Grundgesetz). En théorie, ce texte devait être provisoire, car la République Fédérale d’Allemagne devait l’être également, en attendant la réunification du pays - qui prit un peu plus de temps que prévu… Le texte dispose du reste d’une espèce de dispositif d’auto-destruction dans son article 146 qui dispose qu’à la réunification du pays, une constitution devra être votée par le peuple. En fin de compte, après 1990, le texte est resté et il n’y a pas eu de referendum - signe, peut-être, de la stabilité et de la légtimité acquise au fil des années par le texte.

Le club en lui-même

Après ces très nombreuses digressions, maintenant que nous avons posé le contexte de ce club nouveau dans une ville nouvelle, destiné à évoluer dans un championnat non moins neuf !, voyons ce qu’il est advenu du club de Wolfsburg. Il a gravi lentement et progressivement les échellons des ligues allemandes pour atteindre la 1. Bundesliga en 1998. Après une décennie 2000 un peu difficile, la décennie actuelle les voit avancer spectaculairement, particulièrement depuis l’arrivée de l’entraîneur Dieter Hecking en 2012. Depuis 2014, ils sont second du tableau de la ligue. En 2015, ils ont gagné la coupe et la supercoupe, battant le Bayern aux penalties.

Mais tout n’est pas perdu pour le TSG. En 2014, ils avaient infligé un 6-2 à Woflsburg; ils ont gagné leur précédent match, en mars de cette année. Loin du jeu de contre de Mainz qui a posé quelques problèmes la semaine dernière, Wolfsburg joue la possession. Espérons donc que cette fois, la défense de Hoffenheim sera un peu plus solide que la semaine dernière !

Résultat

Premier 0-0 dans l’historique de rencontre de ces deux équipes - il serait injuste de qualifier ce match de purge, mais il manquait sans doute, tout de même, de quelque chose (autre que des buts !). La défense de Hoffenheim, à l’exception d’un penalty non-sifflé pour faute sur Gomez, a cette fois-ci été plutôt remarquable, et Baumann a fait un match exceptionnel, faisant oublier ses erreurs contre Mainz. J’imagine que ce sont sans doute les fans de Wolfsburg qui doivent être déçus : on a connu Gomez et Draxler plus inspirés. A l’inverse, on a vu une très belle tentative sur l’aile gauche dans la 82e minute, qui a malheureusement fini du mauvais côté des filets, mais qui laisse penser que certains plans d’attaques commencent à se mettre en place.