Le club d’Eugen Salomon

Aujourd’hui, Hoffenheim rencontre Mayence, ou comme nous le dirons ici, à l’Allemande, Mainz. Pour être exact, vu que Mainz comporte pas moins de 3 équipes de foot, ils rencontrent le FSV (Fussball- und Sportverein) Mainz 05. Comme je l’ai dit dans mon premier billet, le football a mis un peu de temps à s’installer en Allemagne pour des raisons idéologiques. Le “05” de Mainz ici, comme le “89” de Hoffenheim, fait allusion à sa date de fondation (1905). Un premier club fondé deux ans avant ne parvint pas à se développer. Le club fut fondé par Eugen Salomon, à l’âge de 17 ans. 28 ans plus tard, les nazis arrivent au pouvoir. Les régimes totalitaires laissent leur trace aussi dans le sport. La (délirante) coupe du monde de 1934 organisée par l’Italie en est un bon exemple. Si je pouvais parler d’Italie en football sans être incapable de mauvaise foi, je m’étendrai volontiers sur le délire de l’emploi du mot Calcio, mais ne nous dispersons pas (il y a aussi, sur les dictatures et le football, l’humiliation du Barça trop catalan). Restons donc en Allemagne, où, bien sûr, et hélas, l’un des objectifs du nazisme était la “déjudaïsation”. Eugen Salomon fut parmi les premières victimes des purges qui eurent alors lieu et fut mis à la porte.

Mainz 05 est loin d’être le seul club concerné par ce genre de mesures - Kurt Lundauer, président du Bayern München, dut également démissionner. Je prends l’exemple des présidents, mais les effectifs entiers de tous les clubs étaient visés. Eugen Salomon quitte alors l’Allemagne pour la France. Il est déporté par l’État français en 1942. Il meurt à Auschwitz. L’une des rues qui mène au stade de Mainz, où va se dérouler la rencontre, porte son nom depuis 2011. Et si vous vous dites : pourquoi depuis 2011 seulement ? Parce que la preuve de sa déportation ne fut faite qu’en 2011.) Ce qui en dit long sur le nombre de choses qui restent encore à faire en matière de recherche historique sur cette période.

La situation présente

Après la guerre, l’occupation (puis la division) de l’Allemagne chamboule les championnats et les institutions. Mainz 05 va franchir peu à peu les échellons des ligues régionales jusqu’à la seconde division (dans les 1990s). Et comme Hoffenheim, Mainz est relativement récent en première division. Après une brève première promotion (2004-2007), ils ne l’ont plus quitté depuis 2009. Ils ont fini 6e l’an dernier - alors que régulièrement, des analystes y voient un bon candidat à la relégation, le club les a toujours surpris. Bref, c’est un adversaire de poids et, on ne va pas se mentir, si Hoffenheim gagne, ce sera un exploit. En 15 matchs, Mainz l’a emporté 7 fois et Hoffenheim 3… Et Mainz a bien besoin d’une victoire après un match très médiocre face à Dortmund (bon, évidemment, jouer le n°2 du tableau, c’est pas facile). Mais un match avec 3 cartons et 26% de possession, ce n’est pas un bilan génial pour entamer une saison.

Résultat

Encore un nul, mais cette fois-ci, réjouissant. Et un match qui se finit sur un impressionnant 4-4 (4-1 pour Mainz à la mi-temps !). La défense de Hoffenheim, déjà peu brillante d’ordinaire, se liquéfie face au jeu de contre de Mainz. Mais le pressing de l’adversaire en seconde mi-temps a été moins convaincant et les a amené à jouer l’essentiel de cette seconde période à 10. Les dernières minutes, qui auraient pu voir Hoffenheim sortir vainqueur après un début vraiment mal engagé, ont été dures pour mes nerfs fragiles.