Hoffenheim, de son vrai nom, Turn- und Sportgemeinschaft 1899 Hoffenheim rencontre Leipzig, de son vrai nom, RasenBallsport Leipzig (et là tu t’aperçois que l’Allemand n’est pas une langue hyper pratique pour Twitter). Si vous me connaissez un peu, vous vous dites qu’en bon adorateur de Bach, je devrais soutenir Leipzig, en toute cohérence. De même qu’en bon adorateur de l’informatique de qualité, je ne devrais pas soutenir une équipe sponsorisée par SAP. Mais les choses sont, comme toujours, un plus compliquées.

Turnen und Drang

D’abord, le nom d’Hoffenheim nous ramène aux origines troubles du football en Allemagne. Dans de nombreux pays, le football a mis plus de temps à pénétrer qu’ailleurs, souvent à cause de la présence d’un autre sport. Ainsi en France le cyclisme était le sport de masse (songez qu’un des temples footballistique de notre pays s’appelle stade vélodrôme). Le football a en revanche pénétré certains pays très vite, notamment et tout particulièrement la Suisse, qui a joué un rôle fondamental dans sa popularisation sur le continent (notamment en Italie). Mais en Allemagne, le sport butait (no pun intended) sur un concurent : le Turnen, formalisé par Friedrich Ludwig Jahn. Les autorités prussiennes ont beaucoup fait pour en populariser la pratique, jugée virilisante et produisant de bons soldats. Il faut ajouter cela un goût pour l’ascèse - Jahn est fils de pasteur et théologien de formation. Le foot paraissait une aberration anglaise, loin des valeurs du Turnen. Mais il a pénétré peu à peu les clubs de gymnastiques. Et c’est ainsi que, bien des années plus tard, un club obscur racheté par un milliardaire allemand, comporte ce “T” dans son nom.

Hoffenheim est une ville de 3,200 habitants. Le club doit tout à son rachat par Dietmar Hopp en 1990. Pourquoi ce rachat ? Parce que avant de saloper tous les SI de la planètes, Dietmar Hopp jouait au football. Dans ce club. Bien sûr, ce vieux club qui en 18 ans est passé de la 7e division à la 1ère division, est cordialement haï, vu que la plupart des supporters allemands tiennent à ce que les clubs aient une “vraie histoire” (et une partie non négligeable de ce blog visera à démonter jusqu’à un certain point la légitimité de ce point de vue).

Chroniques sous taurine

Quid de Leipzig, me direz-vous ? Et bien Leipzig, ça n’a rien à voir. Pourquoi ce “RasenBallsport” dans leur nom ? Littéralement, ça veut dire “ballon sur gazon”, ce qui ne se dit pas du tout en allemand. Le nom vient de ce que le RB Leipzig appartient à Red Bull et que “RasenBallsport” permet de coller leurs initiales - tandis qu’ils n’ont pas le droit d’appeler le club “Red Bull” (encore une certaine hypocrisie, car les réglements interdisant le naming n’ont pas d’effet rétroactif, permettant à Bayer de continuer à caracoller dans le nom et même l’écusson du Bayer 04 Leverkusen - même en changeant son nom récemment, puisque jadis il appartenait au club omnisport de l’entreprise, le TSV Bayer 04 Leverkusen - et vous l’aurez deviné, le T de ce TSV est le T de Turnen). Créé en 2009, le RB Leipzig est pour le coup un club complètement artificiel, et encore plus haï que Hoffenheim.

Bref. Le RB Leipzig, qui a fini second de la 2ème division, arrive donc dans la 1. Bundesliga, la cour des grands. Ce sont donc les deux clubs les plus impopulaires d’Allemagne qui se rencontrent cet après-midi. Avouez que ça peut être amusant.

Résultat

Un nul décevant, Hoffenheim ayant eu l’avance deux fois, se prenant systématiquement un but juste après grâce à la désorganisation quasi-légendaire de sa défense.